Appel marocain : blocage des sites suspendu

Le bras de fer autour des sites de jeux offshore au Maroc prend un nouveau tournant. Alors que les opérateurs télécoms étaient sommés de couper l’accès à plusieurs plateformes internationales, la justice a finalement appuyé sur pause. La décision change temporairement la donne pour l’écosystème iGaming du royaume. Entre monopole historique, fuite de capitaux et pression réglementaire, le marché se retrouve à nouveau sous tension. Les joueurs, eux, restent connectés.

Suspension de l’ordonnance pendant l’examen en appel

Le 10 février 2026, la Cour d’appel de Casablanca a suspendu la décision qui imposait aux opérateurs télécoms de bloquer l’accès à plusieurs plateformes de paris étrangères. Cet arrêt produit un effet suspensif immédiat : les fournisseurs d’accès ne sont plus contraints d’exécuter les mesures techniques ordonnées précédemment, et les sanctions financières prévues sont gelées durant la procédure. Les amendes journalières qui planaient sur les entreprises du secteur sont donc mises entre parenthèses. Selon des informations relayées par Le Desk, cette suspension met fin, à titre provisoire, à l’obligation de filtrage, laissant les sites offshore accessibles aux joueurs marocains tant que l’affaire suit son cours judiciaire. Cette décision illustre une approche prudente face à la complexité de la régulation numérique transfrontalière. Le débat dépasse le simple cadre technique : il touche à la souveraineté économique, à la fiscalité et au contrôle des flux financiers. Pour les marques internationales, il s’agit d’un répit stratégique. Pour les autorités, le dossier reste ouvert.

L’ordonnance initiale du Tribunal de commerce

En amont, le Tribunal de commerce de Casablanca avait pourtant frappé fort. Saisi à la suite d’une plainte déposée par la Marocaine des Jeux et des Sports, le juge avait ordonné le blocage immédiat de plusieurs plateformes étrangères opérant sans licence locale. Des acteurs internationaux comme 1xBet, Stake ou Betway attiraient un trafic significatif en provenance du Maroc, malgré l’absence d’agrément national. L’argument central reposait sur la protection du monopole légal et des recettes publiques, alors que des flux financiers étaient redirigés vers des entités offshore. Pour rendre la mesure effective, le tribunal avait ciblé l’infrastructure même du réseau, exigeant des opérateurs tels que Maroc Telecom, Orange Maroc et Inwi la mise en place de blocages DNS et IP. Une astreinte de 10 000 dirhams par jour était prévue en cas de non-exécution. L’injonction visait également certains intermédiaires locaux facilitant les transactions entre banques marocaines et plateformes étrangères. L’objectif affiché : reprendre le contrôle d’un marché numérique échappant en grande partie au cadre réglementaire existant.

La MDJS et le rôle clé du juge commercial

La Marocaine des Jeux et des Sports occupe une place centrale dans le paysage des paris au Maroc. Détentrice du monopole des loteries et paris sportifs (hors courses hippiques et Loterie nationale), cette entreprise publique remplit une mission de service public. L’intégralité de ses bénéfices alimente le Fonds National de Développement du Sport, finançant fédérations, infrastructures et athlètes. Au-delà de l’offre commerciale, la structure revendique un engagement fort en matière de jeu responsable, avec des standards reconnus à l’international. Face à l’essor des plateformes numériques étrangères, l’enjeu dépasse la concurrence : il s’agit aussi de canaliser la demande vers un circuit contrôlé et fiscalisé.

Le Tribunal de commerce de Casablanca, juridiction spécialisée créée par la loi 53-95, intervient précisément dans ce type de litiges économiques. Compétent pour les différends entre commerçants et les questions liées aux activités commerciales, il répond à des exigences de technicité et de célérité propres au monde des affaires. Modernisé ces dernières années par la digitalisation des procédures, il joue un rôle stratégique dans la sécurisation de l’environnement économique. Dans cette affaire, son intervention illustre la volonté d’utiliser les outils juridiques existants pour encadrer un secteur en mutation rapide.

Conclusion

Le marché marocain des paris en ligne se retrouve donc dans une zone d’incertitude maîtrisée. La suspension décidée en appel ne tranche pas le fond, mais redonne de l’oxygène aux opérateurs internationaux et maintient l’accès des joueurs aux plateformes offshore. Derrière cette bataille judiciaire se dessine un enjeu plus large : structurer un cadre moderne capable de concilier innovation, recettes publiques et protection des consommateurs. Le prochain round devant la justice pourrait bien redéfinir durablement l’équilibre du jeu au Maroc.

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